Les alpes à vélo – juillet 2022

Quelques mots de ce récit étaient restés coincés dans les brouillons d’un potentiel article. Le temps était venu d’exhumer cette matière pour l’exposer au grand jour. Juin 2026 –

En 2022 avec mon fidèle compagnon Thibault, nous avons finalement choisi de prendre le train de nuit direction Vienne en Autriche.

Dans la tête, un plan incertain, un plan ambitieux, un plan démesuré : Traverser les Alpes.

Les premières ébauches aurait pu ressembler au Voyage Blanc de Sylvain Tesson et de son compagnon ; pas fou nous l’avions prévu en été et sur des routes praticables et adaptées à notre folie.

L’objectif : retrouver la ville de Briançon et son train de nuit pour revenir dans la capitale.

Vienne, finalement, c’est loin de Briançon ; surtout quand on a pu étudier un relevé altimétrique du territoire qui sépare ces deux villes. Quelques jours précédents notre expédition, nous avions décidé de descendre à LINZ et de ne pas remonter jusqu’à Innsbruck.

Linz sera donc notre terminus en train et notre point de départ à vélo, nous sommes attirés par la région des lacs du nord de l’Italie, par ailleurs le coût de la vie en Suisse en fait une zone à éviter ou tout au moins à minimiser.

L’idée abstraite finie par se concrétiser avec quelques concessions.

Les voyages en train sont simples en théorie, lisez le hors série de 200 – le vélo de route autrement.

Tracé du parcours les Alpes à Vélo 2022

Thibault s’était chargé de commander les billets de train depuis Nightjet, nulle part d’option pour les vélos.
La fleur au fusil, nous avions opté pour la housse de transport légère. La belle personne qui partage ma vie a un certain attrait pour la couture, je me suis chargé d’aller dans une école de parachutisme, de faire une étude de mon besoin, de recouper l’information avec 200 le vélo de route autrement et nous voila équipés d’une housse de transport maison et ultra légère.

Le quai de la gare de l’Est est notre départ. Nous remontons le quai, un contrôleur, autrichien je suppose par son accents, nous refuse l’accès au train en anglais car nous n’avons pas de réservation pour le vélo.
On entre en explication, puis en négociation, puis en … le mot m’échappe, disons que nous avons prévu de monter dans ce train quoi qu’il en coûte … mais sans que nous sortions quelques menues monnaies. Il nous quitte, en nous orientant vers le chef de train.
Le chef est une cheffe et elle se montre beaucoup moins avide de son petit pouvoir. Nous pouvons monter les vélos à condition qu’il soit dans les housses sous les couchettes et sans que ça ne gêne les personnes présentes avec nous.
Avec Thibault nous avons une aptitude particulière à ne pas vouloir déranger les gens.

Je découvre que mon collier de selle est devenu superflu, une fois ouvert, impossible de bouger la tige de selle dans le tube de selle, l’ensemble ne fait plus qu’un. 4 ans après, la situation n’a pas changée, j’ai même coupé le collier de selle qui avait fini par se fendre.

Annonce du départ, et heureusement pour tout le monde, nous sommes dans notre compartiment avec nos vélos.

le train de nuit est une expérience à vivre et un moyen très agréable de prendre le temps de se voyager.

j’ai souri en lisant Courrier International, je tombe sur cette publicité.
en 2021, Pour la fin de notre 1ère journée, nous étions arrivés à Couthures-sur-Garonne en plein festival.
le petit déjeuner du train de nuit

Linz – Autriche -> Allemagne jour 1

J’ai un vague sentiment d’inconfort physique et mental lors de notre descente du train. Un moment en suspend et un constat, c’est chaine qui couine sur le Camino va devenir insupportable et ce moyeu avant qui a du jeu sur le Sequoia va devenir intenable.

Après quelques dizaines de kilomètre une pause pour un état des équipements : la chaine de Thibault est morte et mon moyeu avant est complètement desserré. Je resserre à la main aussi bien que possible, ça tiendra pour le reste de l’aventure. De retour de ce voyage, le démontage montrera la disparition de graisse et un joint torique totalement hors service.

Pour le Camino, il va falloir trouver un vélociste. On tombe dessus quelques kilomètres plus loin à Pasching. https://volo-bike-galerie.at/

La suite est une belle mise en jambe, les routes sont intimistes comme on aime, les paysages, l’architecture, la culture est nouvelle sous nos yeux attentifs. le profil est ascendant tout le long de cette première étape, rien de difficile au vue de la suite.

en fin de journée nous passons la frontière avec l’Allemagne, juste après avoir traversé Salzburg. Notre première nuit sera donc en territoire allemand, dans un camping tout à fait dans notre standard. J’ai le souvenir qu’il nous manquait je ne sais plus quoi pour cuisiner et que nous avions eu une chouette interaction avec nos voisins.

le camping du premier jour

Winkl – Allemagne -> Autriche Jour 2

Formidable souvenir du début de cette journée.

Sur les vingts premier kilomètres qui nous mèneront à la frontière avec l’Autriche, une route qui ne fait que monter descendre avec des pourcentages indécents et quelques portions de graviers.

jusqu’à 20% !
La météo n’est pas dingue, de l’humidité et un ciel nuageux.

Nous sommes récompensés à la frontière avec l’un des plus beaux petits déjeuners que nous nous sommes jamais offert pour la modique somme de 10 euros par personne dans un hôtel.
Une ambiance chaleureuse, la gentillesse de l’hôtesse d’accueil, le buffet à volonté du petit déjeuner version allemande.

hôtel providentiel Droit d’image : Alpengasthof Hirschbichl

Nous naviguons déjà à 1000 mètres d’altitude et un gros morceau nous attend : Hochtor Großglockner
Le souvenir de l’ascension est humide saupoudré d’un petit coup de moins bien, on s’arrêta recharger les bidons et manger une bricole à mi-col !

en cours d’ascension des paysages grandioses, la météo nous l’avait rendu ardu tout en ajoutant à l’envoutement.
Le plaisir d’atteindre le but

Je me souviens du passage d’un tunnel et d’avoir accueilli la pluie à sa sortie, à 2500 mètres, nous étions frigorifiés, nous étions allés nous réchauffer dans la boutique juste à la sortie du tunnel.

Je n’ai pas d’autres photos de cette journée, c’est un indicateur ! la météo pas fameuse et l’envie de redescendre promptement pour rechercher le bon endroit où passer la nuit. Nous dormirons au camping de Lienz en Autriche.

LIENZ – Autriche -> Italie – Jour 3

Une journée totale, un col, des bornes, l’italie, le soleil, le kiff !
Nous commencerons par passer le Passo di Stalle à 2052 mètres pour basculer de l’Autriche vers l’Italie. Nous avons enfin des conditions météo favorables et engageantes, du bleu azur parsemé de blanc.

60 kilomètres de faux plats montants et d’ascensions pour ce « début » de journée, le reste va être plutôt descendant, bien que parfois, pour privilégier des routes secondaires, il faut prendre les routes à flan de montagne plutôt qu’en fond de vallée, à flan de montagne, cela nous oblige à grimper. Ces passages sont aussi de merveilleuses occasions d’observer une vallée différemment.

Il me semble que nous avons détourné notre parcours pour nous éviter un col sur cette journée, et nous avions presque hésité à prendre un train, c’est assez flou, mais j’ai un souvenir précis d’être à une gare de petite ville et au moins d’avoir profité des toilettes.

Nous avions du nous dire, que vraiment, ça ne nous ressemblait pas. Nous n’avons pas eu à le regretter car sur un sacré paquet de borne nous avons pu bénéficier d’une superbe voie cyclable où nous avons déroulé du kilomètre jusque Bolzano ! Le tout en faux plat descendant, plutôt à l’ombre dans une vallée verdoyante.

Dans ce genre de moment Thibault file devant, et c’est une année où il tenait une bonne forme.

Un grand moment de vélo !

à Bolzano, une effervescence de ville Italienne.

La journée commence à tirer, Thibault me propose de continuer jusque Merano, il a trouvé un camping. Sur la route de Merano, une nouvelle voie cyclable, nous trouverons 2 cyclistes qui nous amènerons à 30 km/h à bon port !

recherche du point de chute pour le soir
le camping à Merano au pied des vignes

Merano – Italie -> Suisse -> Italie – Jour 4

Une journée pour passer le Stelvio et le passo Umbrail, l’un des plus beaux cols jamais pédalé.
C’est un sacré souvenir, une piste cyclable nous ouvrait la route dans une large vallée bordée de plantation, le tout sous un ciel sans nuage.

Photos de la première partie en Italie

Puis l’arrivé en Suisse, tout est « beau » et « gentil » en Suisse.

J’ai une envie pressante nécessitant des toilettes et je passe devant une sorte de petite clinique à Sandà Maria Val Müstair, tout était grand ouvert, pas un bruit, j’entre ; personne, j’avance, je vois la porte des toilettes, j’y vais, je repars en me lavant les mains après avoir rendu l’endroit aussi propre que je l’avais trouvé (niveau Suisse : on doit pouvoir manger sur la cuvette), je ressors, je repars.
Thibault a pris les devants, je le retrouve un peu plus loin, virage à gauche et on se lance dans l’une des plus belles ascensions de l’année, le Passo Umbrail. Le revêtement de la route est superbe, la pente est bonne, les arbres font de l’ombre, pas une seule voiture, on se fait remonter par un petit peloton de cycliste.

Une splendeur ce col.


Le Passo umbrail nous fait basculer de nouveau en Italie et 2 kilomètres d’ascension plus loin nous atteignons le col du Stelvio.
J’ai une belle sensation en repensant à l’ascension du Stelvio par la Suisse.

c’est blindé de monde.
Nous n’avons pas monté le Stelvio par la version avec les multiples lacets que nous apercevons sur la photo.

Nous reprenons la route vers Bormio, nous retrouvons les magnifiques voies cyclables. Terminus de la journée au camping de Sondalo, où je peux fièrement poser avec mon T-shirt du Stelvio, acheter au col.

Sondalo – Italie – jour 5

Une journée en Italie et passage du Mortirolo.

Une bonne affaire cette journée, on attaque direct le Mortirolo, on y va pour le panneau car, nous n’avons pas prévu de basculer de l’autre côté de la vallée, une fois au col nous allons surfer sur la crête pendant plus de 10 km, ensuite longue descente et nous trouverons l’Adda, un cours d’eau pour nous amener au Lac de Côme.

Nous apprécierons la monté du Mortirolo dans les premières heures de la journée.

le panorama depuis le Mortirolo.
le long du lac de Côme
à Domaso, on ne se laisse pas aller

On file ainsi le long du lac de Côme jusqu’à la ville de Menaggio pour passer la bosse qui nous fera rejoindre le lac de Lugano et on trouvera un camping à deux roues du lac.

Fin de journée les pieds dans l’eau

Porlezza – Italie -> Suisse -> Italie – Jour 6

Le départ est doux le long du lac. Nous prenons la route qui surplombe le lac puis nous passons la frontière Suisse et arrivons à Lugano, je n’en ai pas un souvenir impérissable.
En revanche, juste après notre retour en Italie, nous entrons dans le Parco delle Cinque Vette, une réserve naturelle, un endroit qui nous ramène à la tranquillité.
Les abords des lacs sont des zones peuplées, l’eau est vitale ne nous mentons pas.

Le lac Majeur est un obstacle sur notre parcours, un obstacle que nous décidons de franchir en bateau.

c’est après cette demi-heure de récupération et de contemplation que nous avons une deuxième journée qui a commencé. La chaleur est devenue éprouvante, nous avions un dernier lac à longer, le lac d’Orta, puis nous avons pédalé dans la zone des grandes plaines du Piémont pour trouver enfin le Flume Pô. Nous avons vu des rizières d’une étendue incroyable, avec une multitude de canaux.
Thibault était en mission à l’avant, le cerveau totalement débranché, de mon côté, j’étais en perdition, trop de chaleur, trop de vélo … Nous avons fait une pause dans un bistrot hors du temps à Buronzo.

Thibault en mission à l’avant !

L’épreuve se termine à Volpiano dans un petit hôtel avec chambre climatisée !

Volpiano – Italie -> France – jour 7

Le dernier franchissement de frontière et une longue étape de faux plat montant avant le col de Montgenèvre et la bascule vers Briançon.

On attaque par de superbe paysage avec le passage dans le parc naturel de la Mandria. On se fait un ascenseur émotionnel après avoir parcouru 5 km dans le parc pour se trouver face à une maison et son gardien qui nous interdit l’accès pour sortir du parc et nous demande de faire demi tour. Thibault est frustré et s’impatiente, c’est rarement arrivé. Je retourne voir le gardien et entre en dialogue pour une négociation qui tourne en notre faveur, il nous laisse filer. Nous n’avons toujours pas saisi la raison pour laquelle il ne souhaitait pas que l’on sorte de ce côté ci.

Nous avons rejoint la vallée de la Doria Riparia, enclavé avec une autoroute et deux routes départementales, néanmoins nous arrivons à prendre quelques routes vicinales. La chaleur est suffocante, jamais nous n’avons eu si chaud, à San Giori di Susa, nous faisons une halte à la fontaine et trouvons une échoppe pour acheter des bricoles.

une pause salvatrice à San Giori di Susa

On finit par franchir la frontière et basculer vers Briançon, sur la route on discute des 2 derniers jours de notre aventure, on se fait une joie d’aller faire l’étape du tour découpé en 2 jours avec un départ et une arrivée à Briançon.

étape du tour du 14 juillet 2022 : Lautaret -> Galibier -> Télégraphe -> Croix de Fer -> Glandon -> Alpes d’Huez.

En attendant demain, on décide de prendre de l’avance et d’aller au camping des 2 glaciers au Monêtier-les-bains.

et c’est là, que Thibault oubliera une serviette de bain !

Le Monêtier-les-Bains – Allemond – France – Jour 8 et 9

Que dire sur ces 2 derniers jours, je propose deux réflexions puis une fin en photo. Petite mention pour les amis avec qui nous avons eu le temps d’une glace à Saint-jean-de-Maurienne. – Mathilde, Claire, Magalie et Vincent –
Ce moment délicieux au camping d’Allemond et au Gaufrettes pour la fin de notre 8ème jour.

Un truc sérieux pour finir.
J’ai trouvé que l’humain avait sublimé le massacre au sommet de l’Alpe d’Huez des grues, du béton. Moment quelque peu apaisé par la route nous amenant au col de Sarenne, nous offrant malheureusement la vision tragique du glacier des deux alpes blessé et hémophile ; on ne fait pas mieux dans l’anthropocentrisme. Et ainsi je contribue à l’ultracrépidarianisme. Je ne suis ni météorologue, ni climatologue, ni glaciologue, ni nivologue, à peine vélologue…

Briançon, un train, une nuit

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