#Festive500 – 650 kilomètres pour rouler au fin fond de la Belgique

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La préparation d’un périple à vélo passe toujours par la création d’un itinéraire. Que celui-ci existe déjà ou qu’il soit entièrement à inventer. Mon expérience m’a montré qu’il y a toujours des imprévus.

Pour minimiser les imprévus, deux solutions : soit prendre uniquement des routes départementales, soit faire une reconnaissance préalable du parcours. Le choix se résume à rouler avec les voitures ou passer un temps certain pour parcourir et réaliser l’itinéraire. Étant responsable que de moi-même, je préfère ne pas forcément minimiser les imprévus !

Je dois vous avouer que j’ai un don pour toujours me retrouver dans un chemin qui traverse un champ, une zone non cyclable ou tout autres chemins vantant les mérites du vélo gravel !

Une nouvelle option est apparue ces dernières années, de multiples site internet et autres sites spécialisés permettent de partager ses itinéraires avec une communauté plus ou moins grande de cycliste (ou de coureur) ça offre un potentiel de découverte d’une partie du territoire seulement à partir de la carte.

c’est l’option que j’ai choisi pour ce nouvel itinéraire.

Mais en fait, d’où pars-tu ? où vas-tu ? Pourquoi faire ?

Je pars de Lille, c’est là que j’habite, descendre le vélo en ascenseur, allumer les lumières, allumer le GPS, mettre les gants, check, check, check, clipser les pédales et s’évanouir dans la nuit froide du 26 décembre 2019.

Je vais à Zutendaal, au fin fond de la Belgique, tout prêt des Pays-Bas et pas loin de l’Allemagne. Disons, que je traverse toute la Belgique d’Ouest en Est.

Pour faire du vélo pardi !

Une belle randonnée gravel est prévu à Zutendaal, la « Lumberjack » 120 kilomètres à travers la forêt dans un parc national. L’idée de rouler à nouveau un Festive500 comme en 2017 me trottait dans la tête. Je suis toujours du genre à pédaler sur plusieurs jours loin de chez moi, la concordance des évènements et de distance géographique est parfaite pour ce Festive500.

La Lumberjack fait 120 kilomètres, Lille → Zutendaal =200 kilomètres à vu de nez avec le retour nous sommes à 520 kilomètres.

Il ne reste plus qu’à faire un itinéraire.

Je vais sur Strava, communauté de sportif qui partage leur sortie, dans l’onglet création d’itinéraire je tape Lille comme point de départ et Zutendaal comme point d’arrivée, le tracé favorise les chemins qui sont empruntés par la communauté. j’y ajoute deux points culturels, le plan incliné de Ronquière et le lion de Watterloo, je vérifie dans les grandes lignes que les grandes routes sont évitées et puis j’exporte la trace GPS.

Là ça fait 235 kilomètres aller, ça coince un peu, nous sommes en hiver, il fait froid, les jours sont courts … Rien d’impossible, juste de quoi passer une longue journée sur le vélo ! Tout ça pour une rando de 120 kilomètres le lendemain.

Pour le retour je prévois un itinéraire différent. Je vais longer la Meuse et je passerai par Maastricht, histoire d’être allé au Pays-Bas ! Puis les villes étapes, Liège, Huy, Namur, Charleroi direction Tournai et Lille.

On est plus du tout sur 200 km … mais 310 kilomètres, c’est ça la différence entre le cycliste et un oiseau, c’est très bien raconté dans le dernier numéro de 200, le vol de la circaète.

Les affaires sont rapidement préparées la veille au soir.

J’avais cuit des pâtes au Pesto, celle-ci feront office de repas du midi et du soir pour le lendemain.

Jour 1 : se lancer, se mettre en mouvement, se réchauffer, philosopher, réfléchir, pédaler, of course !

Au réveil je me sens bien, il est 6 heures, je prévois de partir pour 7 heures au plus tard. Je prends une douche, je prends mon temps, je sais que la prochaine douche aura lieu ici-même dans trois jours. Je bois un grand thé chaud et j’essaie de manger tranquillement quelques tartines de pain.

En sortant le pot de confiture de mon réfrigérateur celui-ci m’échappe des mains et se casse, plein de verre partout et la confiture s’est répandue sur le carrelage. Je rigole de cet accident, je prends le temps de nettoyer correctement.

J’enfile ma tenue d’homme grenouille, cycliste long sur le maillot thermique, une paire de gant fine, les deux paires de chaussette, l’écharpe, le cache cou, la gapette, le manteau, le casque, les chaussures, les lunettes. Toutes mes affaires sont soigneusement emballées dans des sacs congélations étanches.

L’art du bikepaking est de garder les affaires humides séparées des affaires sèches et surtout de ne jamais avoir d’affaire humide, surtout pour un périple fin décembre.

Je sors de chez moi, j’allume le GPS, enfile la seconde paire de gant. Je clipse mes chaussures sur les pédales, tout est silencieux, le vélo est lourd et stable avec le « petit » chargement. j’ai une sacoche de selle qui contient mes vêtements pour la nuit, mon sac de couchage, mon drap de soie, il y a aussi la pochette avec tous les outils nécessaires pour réparer 90 % des problèmes mécaniques du vélo. Deux sacoches sur le guidon, la tente avec le matelas dans la première et dans la seconde de quoi manger, mes papiers, clés, chargeur, téléphone, brosse à dent, dentifrice…

Je file à travers Lille, je rejoins Hellemmes puis Villeneuve d’Ascq, passe devant le stade Pierre Mauroy. La circulation augmente rapidement. L’heure d’aller au travail a sonné. Je me dirige vers Tournai, je passe la frontière, je m’arrête devant un panneau lumineux qui indique l’heure et la température, c’est positif mais frais, d’autant qu’il y a un tout petit peu de vent. +2°C.

Il fait nuit, mais je sens que le lever de soleil est proche. C’est toujours des moments où il est difficile de se réchauffer,malgré les deux pairs de gants, le froid finit souvent (toujours ?) par s’immiscer, je protège mes mains en tenant le guidon derrière les sacoches, ça protège un peu du vent qui est créé lorsque je suis en mouvement.

Les lueurs du soleil apparaissent, pour le moment il s’agit de reflet dans le ciel, du bleu, du rose, du mauve, de l’or, du pourpre, c’est des instants très subtiles, ponctués de changement incessant et infinitésimal. C’est pour ce spectacle qu’il est agréable de partir tôt. Je m’arrête après un pont pour admirer ce ciel et observer l’évolution des nuages et des couleurs. Ça y est, l’or prend le dessus, c’est l’instant ou le soleil passe le cap de mon horizon et se laisse découvrir pour doucement m’aveugler, la lumière est encore fragile, contenu par l’atmosphère, mais dans quelques instants elle explosera dans ma rétine. Le soleil qui nous fait briller, qui nous réchauffe, qui nous éclaire. Avant de repartir j’éteins mes éclairages.

Comme un running gag sur ces quelques jours de vélo, les passages à niveau que je vais croiser seront fermés pour laisser passer un train. J’attends patiemment, le train est aussi engourdi que moi par le froid, c’est une simple locomotive qui roule à une allure de cyclotouriste à peine un 25 km/h.

L’avantage pour certain de mon itinéraire est un soupçon de tristesse pour moi, c’est l’absence de relief, tout est plat, terriblement plat. Je fais bien face à quelques levées de terre mais arrivé en haut j’ai ce sentiment de frustration, c’était un peu court. Pour l’instant j’ai principalement roulé sur de la route, mais maintenant je longe pendant plusieurs kilomètres le canal de Tournai. Je suis doublé par un cycliste endimanché, je capte le doux bruissement du moteur électrique sur son moyeu de roue avant. J’admire les oiseaux sur le canal, réveil en douceur. Je croise un cycliste parti retrouver des compères devant une boutique de vélo pour une sortie vélo matinale.

Puis je quitte le canal, avant ça je fais une pause, je bois de l’eau malgré que la soif ne se fasse pas particulièrement ressentir, je mange un mélange de graine et de fruit sec. Je me dirige vers mon objectif le plan incliné de Ronquière, je retrouve une belle campagne Belge, des champs, des bosquets, des arbres, des bois. Je découvre Pairi Daiza, zoo, zoo animalier et humain, les animaux piégés dans leurs conditions ont peut-être appris à rigoler de ces animaux qui défilent à longueur de journée devant des grilles pour regarder d’autres animaux manger, déféquer, se reproduire, dormir, tout ça au frais de la société, mais au prix de la liberté. Pour dorée ou redorée ou je ne sais quoi de son nom, son blason, Pairai Daiza est en cours de construction du plus grand parking photovoltaïque du monde. La bêtise n’a de limite que la présence de l’homme.

Un panneau signalétique indique une géodésique et un homme de fer, ma curiosité est titillée, pour le moment ça suit mon parcours, je suis sur des petites routes belges, deux voitures ne peuvent se croiser quand roulant sur le bas côté, la route est plutôt lisse et agréable et en campagne c’est du bitume le plus souvent !

j’aperçois au loin une « tour », comme un obélisque, ça semble très haut et j’ai du mal à appréhender la distance, ça m’interroge. À une intersection, je vois un chemin dans un bois ou l’homme de fer est indiqué. Je décide de m’y rendre. Il s’agit d’un point repère de cartographie.

Sur ces routes aucune voiture, aucun piéton, aucun cycliste, la Belgique est désertée. Parfois une ferme, un village, je suis satisfait du tracé. Je me rapproche de cette grande tour, nous pourrions croire à la tour d’orthanc. Puis ça devient évident, il s’agit de la tour de contrôle du plan incliné. C’est très impressionnant au milieu de cette campagne. Je suis sur la route, qui longe le canal, mais la route est en contrebas du canal de plusieurs mètres, je décide de longer le canal au plus près pour voir devant moi le plan incliné qui doit être à 2 ou 3 kilomètres. Je gravis la pente herbeuse et je découvre une belle piste. Je ne vois pas bien comment ça fonctionne et je n’y ai pas beaucoup réfléchi, j’ai eu envie d’être surpris. Pour le moment, je vois un canal rectiligne et face à moi une tour qui semble stopper le canal. À 200 mètres de cette tour, la piste est fermé, voie interdit. Le canal passe sur un pont qui se termine 200 mètres plus loin au pied de la tour. Je descends par un petit chemin piéton à travers bois, ça glisse, il y a des cailloux, des feuilles mortes, de la boue, c’est étroit. Pas trop envie de m’étaler, le temps est maussade, des nuages gris ; Je trouve la route et je découvre le pont canal du dessous et le pied de la tour. Je passe sous le pont canal, le béton semble fragilisé par les nombreuses infiltrations d’eaux.

Un petit schémas sur le fonctionnement du plan incliné de Ronquière.

source : https://www.vnf.fr/

C’est fascinant quand même !

Je fais une halte pour manger mes pâtes aux pestos. j’ai déjà roulé 104 kilomètres ;

Prochaine pause culturel le lion de Napoléon sur le champ de bataille de Waterloo !

Une superbe descente après le plan incliné.

Je traverse un golf, nouveau passage à niveau, nouveau train !

Puis des bruits de circulation, des grandes routes, des grands axes de circulation m’entourent.

Le ciel s’est mis à pleuvoir, j’arrive devant le lion, c’est très touristique, beaucoup d’asiatique. Un fauve règne sur ses terres brumeuses et emplies d’une histoire d’homme et de territoire.

Je lis les panneaux informatifs, je repense au documentaire sur la bataille de Waterloo, une bataille de 10 000 hommes, des milliers de morts, une boucherie, sous mes yeux s’étendent des terres cultivées, je m’interroge sur les restes de cette bataille.

J’ai envie d’avancer, je me suis refroidi, je roule sur des pavés.

Quelques dizaines de kilomètres plus loin je roule sur une importante voie routière. Une zone d’activité commerciale, de la publicité, des panneaux, une route avec beaucoup de débris et de graviers sur les bas cotés, ça change radicalement de la campagne. Une sensation de pauvreté m’envahit dans cette zone, j’ai envie de fuir, je pédale intensément, ma seul possibilité de fuite.

Mon salut viendra par une superbe voie verte, une ancienne voie ferré réhabilitée, c’est dingue comment le vélo et le train croisent souvent leurs chemins. Je double un cycliste sur son vélo électrique, peut être un vélotaffeur. Une aire de pique nique s’offre à moi, je décide de faire halte, le soleil à fait son travail aujourd’hui et la terre a tournée, la lumière s’endort, les ombres s’effacent dans la pénombre. J’installe les lumières artificielles. Je replis les bagages et je file vers mon objectif de la journée, je suis pressé d’en finir, la journée a été agréable mais les kilomètres sont de plus en plus long, la nuit, la fatigue l’effort physique, le combat contre le froid, la combat pour conserver la chaleur, rouler à l’économie, tout cela invite à une bonne nuit de sommeil.

Il faut une vigilance inaltérable, des barrières font parfois leur apparition à l’approche d’une route ou d’un obstacle. Mon éclairage est néanmoins très suffisant pour me signaler ces éléments.

Je longe de nouveau une grande voie routière, il est l’heure de sortie du travail.

Je tourne et je détourne, un coup à droit un coup à gauche, je savais que sur la fin mon itinéraire était tortueux, ça me semblait quand même être la route la plus direct. Et puis je retrouve de la forêt et le panneau libérateur annonçant la ville de Zutendaal.

Il est temps de trouver un endroit ou planter la tente. Là où j’ai merdé c’est que je n’ai pas noté l’endroit précis du départ de la course le lendemain, étant donné qu’il s’agit d’une boucle, c’est un peu flou. Je visualise un endroit qui semble très arboré. Au prix d’un ou deux demi tour je finis pas sortir d’une zone résidentielle. Je trouve la trace de la course, je suis un chemin qui s’enfonce en dehors de la zone pavillonnaire, un chemin de terre, puis il me semble distinguer un carré d’herbe à l’abri d’une haie verte d’une clôture de jardin. Il fait humide, un chien aboie, il aboie encore et encore, je monte la tente, le vélo est pausé sur la haie et collé à la tente. La tente prend son volume au moment ou la pluie commence à tomber, fine et douce. J’installe toutes les affaires dans la tente, je suis satisfait, j’appréhende la journée de demain, je me demande dans quoi je me suis lancé, il faudra encore que je rentre après ça. Je me sens bien, je m’infiltre dans mon sac en soie puis dans le duvet après avoir enfilé mon collant et mon maillot pour la nuit. Pas de douleur physique, le vélo à très bien tourné, je suis très satisfait du monoplateau, j’apprends à pédaler un peu plus en vélocité plutôt qu’en puissance.

Je m’endors superbement. Le doux bruit de la pluie sur la tente. j’ai fini mes pâtes au pesto, déguster un petit carreau de chocolat, quelques petites graines, je bois de l’eau, je me brosse les dents.

Il est l’heure de sommeiller.

Nuit merveilleuse de douceur, le matelas d’herbe sous la tente ajouté au matelas gonflable est une merveille de confort. Je me réveil légèrement avant le réveil c’est un magnifique début de journée. Le départ de la course est fixé à 9 heure, mais avant ça, le café, la validation de l’inscription, on peut se pointer à partir de 8 heures, j’ai mis le réveil à 6h15, j’ai envie de prendre le temps de bien ranger les affaires et de me mettre doucement en selle…

Nuit 1

Jour 2

Je m’éveille avant le bip bip du réveil, c’est toujours une chose très agréable, la nuit fût endormie. J’ai dormi d’un seul coup, d’un sommeil plein et profond, je me sens bien, pas froid, il ne pleut pas. Petit rituel reprends sa place, rangement, pliage, démontage, habillage, gourmandise et puis je suis paré. Enfin … presque ; il faut que je vous dise, mon transit est réglé le matin au réveil. C’est inévitable. l’endroit est parfait puisque j’ai appris à « chier dans les bois », dégager le sol, creuser légèrement, je fais mon affaire, je récupère le papier que je mets dans un sac congélation hermétique et referme avec de la terre et des feuilles, ni vu ni connu. Sentiment de bien-être total évidemment !

Il fait totalement nuit. Il est 7h15. J’allume le GPS, j’affiche la trace GPS de la Lumberjack. Je suis pile dessus, je suis tranquillement avec l’éclairage de ma lampe frontale le chemin de terre qui divise le champ en deux. Je passe dans un bois, rejoins une voie cyclable, puis trouve de l’éclairage, un parking, de l’agitation, le lieu du départ. L’organisation est en plein préparatif, montage du barnum, installation de botte de foin, allumage du feu. Je patiente, je tourne tranquillement sur le parking. J’ai besoin de trouver une solution pour entreposer mes bagages qui vont m’encombrer pendant cette randonnée. J’ai prévu de conserver uniquement un sac sur le guidon avec un peu de nourriture, mes affaires pour une éventuelle réparation mécanique, mes papiers. Le reste est stocké dans les autres sacoches. Je me dis qu’une personne de l’organisation pourra sans doute les mettre à l’abri.

L’installation de la zone d’accueil touche à sa fin, les premiers baroudeurs arrivent. Je me rends dans le bâtiment qui fait office d’accueil. Je me dirige vers la table ou je pourrai retirer mon inscription. Il faut parler anglais, nous sommes trop profondément dans la Belgique flamande, je dois signer la décharge qui est entièrement en flamand, la femme du staff me fait une traduction, rien de bien méchant, randonnée autonome, on se décharge de toute responsabilité, aider les autres participants en cas de difficulté, bref comme d’habitude disposition réglementaire. Je signe et prends le café. Je n’entends pas beaucoup de français, un peu d’anglais, beaucoup de ce que je suppose être du Flamand. Je fais mon asocial, je regarde, j’observe, j’écoute, j’ai envie de rouler. Et puis je me souviens qu’il faut que je trouve une solution pour mes bagages, je retourne à la table des inscriptions, explique ma situation dans un anglais précaire, l’homme me propose de stocker les affaires dans son camion, c’est parfait, il suffira que je le retrouve après la rando pour que je récupère mon barda pour retourner sur Lille.

Je n’ai pas d’idée sur mon organisation pour le retour. En terme d’heure, de trajet, tout cela n’est pas bien fixé, j’ai envie de me laisser porter. Le monde arrive, il me semble qu’une bonne centaine de participants sont présents, deux parcours l’un de 60 km et un second de 120 kilomètres. j’ai bien évidemment opté pour le 120 kilomètres, je suis venu pour voir du pays !

Je m’assois sur un ballot de paille près d’un feu allumé dans un brasero, le dress code : la chemise à carreau.

Le mégaphone fonctionne et la voix qui en sort nous annonce le départ imminent, chacun se dirige vers son plus beau vélo et il y a de la concurrence, beaucoup de VTT, quelques gravel, quelques vélo cyclocross. Un ou deux vélo de route avec des pneus survitaminés, plutôt improbable.

La hache est en l’air, elle fend une bûche, c’est parti, le jour est levé, et les vélos sont partis tout fringant, tout propre. Ceux qui ont déjà fait quelques rando vélo le savent, autant de partant en forêt, sur les premiers kilomètres ça fait des bouchons, et là je découvre quelques choses sur la raison d’être des VTT. Un nombre important de participant n’a aucune technique. Le vélo en forêt demande un minimum de savoir faire, sur des singles et des passages avec racine, des dévers et des envers et autres joyeusetés. Une catastrophe, on se retrouve pied à terre à attendre que chacun passe ce premier chemin. c’est drôle à voir ! Le vélo en forêt au mois d’hiver ça salit, ça commence. Chacun prend la boue de la roue arrière du vélo qui le précède ! Je roule en forêt, nous ne la quittons et nous ne la quitterons jamais. C’est merveilleux de retrouver ce contact. Nous roulons dans une trouée de passage d’une ligne à haute tension, un chemin sablonneux, ça me fait penser à l’allée des Beaumont en forêt de Compiègne. Un sentiment de plaisir me parcours. Encore une fois il faut oublier le déniveler, c’est tout plat, le relief est à l’échelle humaine, c’est un gros cailloux par ici, une motte de terre par là, un monticule aussi, ou un troue encore.

Le trajet fait de nombreux U, tracé, travaillé pour que nous puissions rouler sur des beaux chemins roulants, des petits passages, c’est très fluide et agréable. Je roule toujours en groupe, parfois des petits sauts mais je retrouve toujours des participants.

Le premier ravitaillement est déjà là, nous avons fait 35 kilomètres, une battisse, un stand mécanique, et puis de la nourriture, du boudin noir, de la compote de pomme, du pain d’épice, de la banane, des fruits secs, de l’eau, du pain, tout ce qu’il faut.

On roule sur un sentier le long du canal de Zuid-Willemsvaart qui relie Maastricht et bois le duc. juste avant j’ai pris une bosse un peu violente, sûrement trop de dénivelé d’un coup, une bosse d’au moins 25 centimètres ! Bref la fourche carbone à encaisser le choc mais me l’a bien renvoyé dans les bras.

Second ravitaillement, nous avons fait 75 kilomètres. Le même endroit, j’en profite pour laver le vélo, les 25 derniers kilomètres étaient bien boueux

Et puis je repars seul, les participants sont moins groupés, plus éparpillés, des chemins de forêt larges, puis des singles, des feuilles, de la boue, beaucoup de boue, je plaisante avec un participant, il a perdu ses freins. (dans le jargon du cycliste, ça veut simplement dire que les plaquettes de freins sont totalement usées le piston vient donc en contact avec le disque,ça freine beaucoup moins bien). Il roule tranquille, de mon côté ça freine, moins tu freines, moins tu uses les freins, et pas beaucoup d’utilité à freiner dans la boue, faut surtout pédaler ! Des feuilles, des branches. Une remonté le long d’une autoroute, passage sous le pont, puis en sens inverse sur un petit chemin. Super parcours sans ironie, très beau tracé.

Une grande allée, un arbre est couché, faut poser le pied à terre, c’est toujours un moment douloureux, ça tire un peu dans les jambes.

Fin de parcours, une petite erreur, je vais un peu trop loin sur la route, je n’avais pas vu le petit chemin piéton. Je roule seul depuis un moment, je distingue un concurrent parfois au loin. Je fini par le rattraper.

Puis l’Everest me fais face, une côte annoncée par un panneau à 10 % !

je m’arrête prendre une photo de l’endroit ou j’ai planté la tente la veille au soir. Dernier virage, la musique m’envahit, elle m’assourdit presque. Un petit stand sur la droite sert du jagermeister pour les arrivants. Je fais l’impasse !

Passage par la zone de lavage, le retour sur Lille sera beaucoup plus agréable avec un vélo propre et une chaîne un peu huilée !

Beaucoup de monde, tout le monde porte la gapette, le DJ est déchaîné, les participants aussi, à l’intérieur du batiment la bière coule à flot. Je me sens agressé, trop d’’énergie d’un coup. Mon esprit est embrumé, je dois repartir sur Lille sans savoir comment m’organiser. Autant faire les choses dans l’ordre, boire, manger, récupérer la gapette de cet évènement. Pour récupérer la gapette, il faut un petit ticket, il semblerait que ce ticket je m’en sois débarrassé un peu tôt. Au moment du café, j’ai mis un ensemble de 5 petites tickets dans le panier qui fait office de poubelle. Un ticket pour le café, un ticket pour la bière, un ticket pour le hamburger, un ticket pour la gapette et un ticket avec les numéros d’urgence. Bref la nana ne veut pas comprendre mon explication. Je décide donc d’aller voir le gars auquel j’ai confié mes affaires. Je les récupère et il me donne un nouvelle ensemble de ticket après que je lui ai expliqué, il me souhaite bon retour.

Je dois bien avouer que j’ai ce sentiment de fausse humilité ; genre j’ai fait 230 kilomètres pour rouler 115 kilomètres et repartir sur Lille en dormant dans ma tente. Un petit sentiment de malaise de ressentir cette légère supériorité. Finalement je me suis imposé ça tout seul et en plus je le fais avec plaisir et délectation, quoique je sens bien que le plaisir n’est pas maximal. Aller plus loin, alors que j’ai plutôt envie d’aller plus longtemps sans forcément aller plus loin …

Toujours dans une ambiance de chanson joyeuse, feu de camp, et boisson, je mange le Hamburger, bois la bière, mets la gapette. Je profite des toilettes pour me laver le visage et me faire propre autant que faire se peut.

Je range et attache les affaires sur le vélo, je remplis les bidons, je me mets en selle, direction l’inconnu. Mon inconscient a éclairé ma conscience, je roulerai sur la frontière néerlandaise en passant par Maastricht et ensuite je longerai la Meuse pour retourner sur Lille, c’est le tracé que j’ai plus ou moins fixé. Je veux profiter du jour au maximum.

Quant au kilométrage restant il est inconnu, mais il sera plus long que l’aller, c’est pourquoi il me semble important de rouler tant que j’en aurait envie aujourd’hui. Je rejoins Maastricht, je vis une profonde différence du respect du cycliste. Tout est fait pour le cyclsite, des voies réservées, des feux, des automobilistes qui s’arrêtent systématiquement. En Belgique ce n’était déjà pas si mal, Au Pays-Bas nous sommes au niveau au-dessus. Je décide de me rendre au centre ville, il y a encore l’effervescence des fêtes de fin d’année.

Je trouve la RAVEL, Il manque le G de gravel et je peux le dire aucun gravier, gravillon à l’horizon, la RAVEL est une voie cyclable qui longe la Meuse, de Maastricht à Tournai, un kilométrage long, très long … Je vais faire cette nouvelle expérience.

Pas toujours de l’éclairage, parfois ces bandes de béton posées les une après les autres, PADAM … PADAM … PADAM ! Toujours le fleuve soit à droite soit à gauche.

Je me retrouve à Liège, il me faut la gaufre de Liège, une belle animation règne dans la ville, j’ai de bonne sensation, des pavés, du monde, un marché de noël, une grande roue. Je traverse le marché de Noël. Un traineau en forme de vélo et un cycliste avec une barbe et tout de rouge vêtu dénote un père noël.

Je trouve la gaufre de Liège à la cannelle. Tout ça mobilise mon énergie, j’ai bien envie de rouler encore, pour cela je vais devoir prendre des calories supplémentaires, de la nourriture transportable. Je dis ça parce que je pense à une bonne grosse frite, le plaisir du vainqueur, mais pas celui du ravitaillement ! Je trouve une supérette, je prends deux petits pain, du houmous, un Mars, une salade de quinoa légume. Je bois et mange, j’observe les gens déambuler, ou être pressé. j’apprécie ma situation et prévois la suite. Je me sens bien, le temps est bon, la nuit est tombé, j’ai envie de rouler, puis quand j’aurai envie ou que j’en aurai marre et bien je m’arrêterai et planterai la tente.

Au moment ou j’écris ces lignes, j’ai commencé à lire le dernier livre de Sylvain Tesson, La panthère des neiges aux éditions Gallimard. Certaine maîtrise et maîtrise certaine du récit de voyage. J’étudie sa manière d’écrire, se prolongement de soi-même et de transmettre ses pensées, les sujets abordés. Je roule à vélo dans un invisible saisissant. Je passe à côté de tout ce qui y vit, de tout ce qui y est, je vois avec mes yeux d’Homme, une échelle mésoscopique, véritable rouleau compresseur de la nature, de la géographie. Je ressens l’effort physique non pas comme le Cro-Magnon ou le Néandertalien, mais comme une quête impossible. Je vis en France au XIX siècle, le confort matériel dans lequel j’ai grandi au prix incommensurable de la vie d’homme, de femme, d’enfant, d’animaux, de plante, de la Terre est abyssale. Mes récits manquent de la poésie, de la beauté du monde, beauté de la nature. Je croyais y être sensible, pourtant je ne l’a connais pas, je l’apprécie avec mon cerveau, parfois, rarement je ressens une beauté inexplicable, inexpliqué par mon cerveau d’homo économicus, réussir à tomber dans la folie de seulement ressentir, de toujours ressentir, devrait être mon seul objectif, cela va nécessiter du travail, du temps, du lâcher prise, de l’imagination.

Choc de lecture, connaissance des contradictions de nos moyens de déplacement, de nos efforts à aller plus vite que le temps en passant à côté de l’espace.

Comme cette réalité qui m’est apparu cet été lors de la traversé de la France, trop de paysage différent traversé, trop vite, l’envie d’étirer les collines en montagnes de tordre le relief pour que le plaisir dure plus longtemps, il aurait suffit d’ajouter des lacets, des virages, des détours, des tours à notre itinéraire, l’objectif n’est pas de traverser, l’objectif deviendra d’entrer, d’entrouvrir l’accès à cette géographie, à ces territoires, à appréhender l’émotion du terroir.

Sylvain Tesson, il écrit des poèmes de ses aventures, ce n’est pas de la fiction, c’est du vécu, qui allie et relie l’imaginaire au réel, l’existant à la disparition. La plus belle manière d’écrire un livre d’aventure, c’est surement de vivre l’aventure.

digression clause.

Il est 18h20, et je découvre le premier panneau de la RAVEL, je suis de retour en pays Belge depuis quelques kilomètres. À 5 kilomètres de Namur je rends les armes. Je crois que j’en ai marre de rouler, l’humidité commence à s’infiltrer. La Meuse s’amuse de moi, je ne l’entends pas, mais je sens sa présence.

Longer la Meuse en Belgique s’est être percuté par l’Homme. c’est traverser la révolution industrielle, un fleuve est toujours une rencontre entre L’Homme et l’Histoire. L’eau est une ressource d’une impensable nécessité. Les usines industrielles qui bordent la Meuse l’exploite, Ces industries indispensables au bon fonctionnement du monde dans lequel nous évoluons, que nous avons choisi, utilise cette ressource, s’immiscent dans nos paysages. Le peu de relief mets à nu ces tubes métalliques, ces enchevêtrement de tuyau, ces fumées qui s’exaltent avec les nuages, ces lumières opaques, aériennes, lugubre dans la nuit, s’exposent, exposent les bâtiments en tôle simplement barrés d’un Arcelor Mital, Air Liquide, JVS Chemical, Knauf, Hydrometal, centrale nucléaire de Tihange, bordé par les lieux dit Folie et Justice, des carrières de calcaire, une multitude de petite structure industriel, multiple sous traitant de plus grand groupe.

Je roule, l’éclairage jaune industriel, je transperce le fantôme de ces usines, c’est la première fois que je ressens cette émotion sur le vélo. La nuit enveloppe, percé par une lumière blafarde, qui s’épuise, qui finira par s’éteindre.

              

Je passe Huy, puis à 9 kilomètres de Namur, j’en ai marre, je m’arrête tout d’un coup et décide de dormir là, sur le carré d’herbe détrempé par l’humidité ambiante, à 10 mètres de ces mètres cubes d’eau qui coule la Meuse. J’installe mon barda, méthodiquement, rigoureusement, efficacement. Je plonge dans ma tente, je frémis de l’instant, je bois de l’eau, et plonge dans les limbes de la nuit.

Nuit 2

Jour 3

Longue journée de vélo. kilomètres de canaux inarrêtables.

En sortant de Namur, je me retrouve coincé sur une écluse, le bateau est en stand-by, rien ne se passe, j’attends dans la nuit et le froid, je décide de rebrousser chemin et de prendre la route au bout d’une bonne dizaine de minute.

C’est à Belgrade que je trouve une boulangerie d’ouverte, détour par une banque pour retirer de l’argent vrai, en papier. Je me réchaufferai comme je pourrai en attendant l’heure venue du soleil zénithal. Je pédalerai, en oubliant de penser, en me retirant dans le plan physique.

Je suis passé à Charleroi, et j’ai eu l’impression de traverser une zone de bombardement, des friches industrielles, des usines en déconstruction / démolition, des fumées grisâtres, des odeurs acides et sèches, un gout désagréable dans la bouche. Une soif de verdure.

Des longueurs de canaux qui serpentent, un méandre littéralement, qui suit la géographie ou la main de l’Homme, en fait c’est toujours la main de l’Homme qui façonne un canal.

Le temps sera particulièrement plaisant, un beau ciel sans nuage. Je découvrirais le pont ascenseur de Strépy-Thieu. L’homme est capable de se jouer de l’eau, mais il faut déployer un certain niveau d’énergie pour y parvenir. C’est un beau modèle d’usage de la technique basé sur une relative simplicité.

à Mons je mange la frite du début de la fin du commencement de voyage, les derniers dizaines de kilomètres se feront en silence, parce qu’il était temps de rentrer.

Le mot de la fin, une belle épopée. C’était un peu ambitieux et je garde un plaisir nuancée. Physiquement aucun problème, mentalement beaucoup d’hésitation, de réflexion, de crainte, sur rien et sur tout, sur le maintenant et l’après, sur le pourquoi et le comment.

Et oui la fin du récit est moins précise, je m’égare parfois, mais l’essentiel y est.

Alain voyage ou plutôt Alain voyagent

PS : il ne manquait que la relecture que j’ai pris le temps de mener aujourd’hui (grâce, mais surtout à cause) ;  à défaut de le remercier, je le cite, il est un peu vicieux, il fait son coup en douce, invisible, fantomatique, il s’est immiscé dans nos corps, dans nos vies, CoviD – 19.

7 commentaires sur “#Festive500 – 650 kilomètres pour rouler au fin fond de la Belgique

  1. Coucou AL1,
    Je viens de voyager bien au chaud sous ma couette en lisant ton récit.
    Si le paysage manque de relief,
    le périple est riche en sensations !
    Où est la photo du lion de Napoléon ?
    Ta mam’s

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  2. Bonjour Alain
    Ce terrible 19 permet aussi de donner un sens au temps présent.
    J’ai lu avec plaisir ta nouvelle aventure qui ne m’a pas semblé de tout repos dans ce sois disants plat pays.
    Bon vent pour ta prochaine route.
    Rémy

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  3. Vraiment intéressant de te voir chercher des bribes de plaisirs ici et la , au bilan nuance mais qui arrive quand meme a te faire partir a 6h du matin , et meme  » avant que le reveil ne sonne » , je trouve ca fascinant 😀
    Merci pour la lecture de ce recit !

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